Accepter sans fin la productivité en échange de primes ?

Avec la mise en place d’une prime de fonction pour les cadres en Unité Opérationnelle chiffrée à 220€ (brut mensuel), la direction tente de susciter les vocations d’une catégorie de personnel pour qui le Département Bus ne serait plus attractif.

La réduction des effectifs cadres en UO, passés de 140 en 2010 à 80 en 2015 (chiffres CDEP), soit une réduction de plus de 43% de cette catégorie de personnel, rend l’exercice du métier de plus en plus difficile.

Les responsabilités, les contraintes et la charge de travail augmentent mécaniquement pour un encadrement à qui l’on demande une disponibilité permanente et sans limite.

Une prime est-elle suffisante pour relancer la motivation d’agents d’encadrement soumis à toujours plus de pressions ?

Aujourd’hui, en effet, les cadres sont chargés de décliner sans état d’âme une politique de productivité dont ils mesurent chaque jour les limites dans leur unité. De fait, ils doivent mettre en œuvre un management plus dur qui contribue à dégrader un climat social déjà tendu.

L’attribution d’une prime ne diminue ni les contraintes, ni la charge de travail comme l’expriment officieusement de nombreux cadres.

Leurs doutes sur la politique managériale et leurs difficultés à réaliser l’ensemble de leurs tâches ne sont pas qu’une rumeur, le département devrait l’entendre.

Pour l’UGICT/CGT-RATP, une prime ne peut répondre aux problèmes de fond qui sont posés. Elle peut éventuellement satisfaire à la revendication de «partenaires sociaux complaisants» qui dans l’incohérence la plus totale prétendent s’opposer à la productivité et en même temps la valorise en demandant sa redistribution.

Et s’il ne s’agit pas de balayer d’un revers de main la possibilité d’avoir 220€ de plus chaque mois, mais le courage impose de contester un protocole qui ajoute un niveau supplémentaire de rémunération individuelle et contribue à fragiliser le financement de la protection sociale.

Si on faisait les comptes :

En étant large, la prime va concerner une centaine de cadres soit un total annuel de 286 000€ (220€ x 13 mois x 100 agents = 286 000€).

La suppression des 60 postes cadre sur les cinq dernières années représente en année pleine 6 millions d’€ (100 000€ x 60 postes cadres = 6 000 000€).

La direction démontre sa volonté de développer la part variable et donc aléatoire de la rémunération.

C’est le cas lorsqu’elle met en place le nouveau PEE (Plan d’Epargne Entreprise) avec un abondement pouvant aller jusqu’à 900€ par tranche de 2000€.

Sur la base d’un effectif de 44 000 agents, cela représente près de 40 millions d’€ par an.

On pourrait aussi ajouter la mise en place d’un PERCO pouvant être abondé à hauteur de 600€ par agent, nouvel élément de remise en cause du système de retraite solidaire par répartition.

Curieusement, quand il s’agit d’individualisation, l’entreprise trouve le financement pour développer des dispositifs injustes, car les résultats de l’entreprise sont le fruit de tous les agents, mais tous les agents ne pourront investir et bénéficier des différents abondements.

C’est un choix purement idéologique qui n’a rien d’immuable : la RATP a les moyens d’une autre politique salariale et d’emploi.

Depuis plusieurs années, les résultats nets sont autour de 300 millions d’€ et 0% d’augmentation de la valeur du point pour la première fois à la RATP en 2015, en témoignent.

Toutes ces mesures vont dans le même sens et si la direction est dans son rôle lorsqu’elle défend cette politique, nous pensons à l’UGICT/CGT que la responsabilité syndicale ne peut se réduire à son simple accompagnement.

Il est vrai que certaines OS font, depuis plusieurs années, le choix plus facile de s’en satisfaire. Ces « partenaires sociaux » diffusent un discours de résignation et prétendent qu’il n’est pas possible de s’opposer à l’austérité ambiante, à la productivité.

Selon ces représentants du personnel la seule option est : « se contenter de la redistribution décidée par la direction ».

Avec un tel discours, les congés payés, la protection sociale, le droit du travail que l’on connait aujourd’hui n’auraient jamais vu le jour.

S’inscrire dans l’adaptation continuelle d’une politique du moins disant social contribue précisément à mettre à mal les principes qui structurent notre entreprise publique nationale, nos savoirs faire, nos conditions de travail, notre protection sociale…

L’UGICT/CGT porte une autre conception du syndicalisme et de son utilité basée sur des alternatives qui s’opposent aux choix économiques actuels et qui conjuguent l’information du personnel, la contestation quand elle est nécessaire et la construction de propositions avec les agents permettant l’utilisation d’un éventuel rapport de force lorsque les voies de la négociation ont échoué.

Il n’y a pas de fatalité aux orientations en cours, l’UGICT/CGT-RATP, organisation spécifique de l’encadrement pour la CGT à la RATP, est un outil à disposition de l’encadrement pour travailler à la mobilisation collective, seul moyen d’enrayer le processus continu d’accroissement de pression sur les salariés.

Les agents d’encadrement fortement impactés par la productivité sont au cœur du mécanisme et ont toutes les raisons de revendiquer, de se faire entendre pour inverser cette tendance à la régression sociale.

Pour télécharger/imprimer le tract : Prime Cadres UO Janvier 2016

 

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